Ces dernières semaines, le Groenland est revenu au centre des tensions géopolitiques internationales.
À première vue, l’épisode peut sembler lointain, presque abstrait. Il ne l’est pas.
Il rappelle une réalité souvent sous-estimée : les règles du jeu peuvent changer rapidement, unilatéralement, et sans préavis. Et lorsque cela arrive, ce ne sont pas seulement les acteurs politiques qui en subissent les conséquences, mais l’ensemble des écosystèmes qui dépendent de ces règles.
Beaucoup d’organisations ont déjà fait cette expérience dans un autre contexte, plus proche : le rachat de VMware par Broadcom.
Du jour au lendemain, des cadres contractuels ont évolué, des modèles tarifaires ont été redéfinis, et des décisions structurantes ont dû être prises dans un climat d’incertitude. Pour certains, les nouvelles règles n’ont réellement pris forme… qu’à la réception de la facture.
Lorsqu’un territoire stratégique redevient un enjeu de pouvoir, les dépendances apparaissent immédiatement.
Ce phénomène est bien connu en géopolitique : routes commerciales, accès aux ressources, maîtrise des infrastructures critiques.
Le numérique obéit aujourd’hui aux mêmes logiques.
Données, plateformes, hyperviseurs, clouds, outils de collaboration ou de sécurité : l’infrastructure numérique est devenue un actif stratégique, au même titre que l’énergie ou les télécommunications. Elle conditionne la capacité d’une organisation à opérer, à décider et à s’adapter.
Dans ce contexte, le numérique n’est plus neutre.
Il est désormais un levier de pouvoir, d’influence et de contrainte.
Le sujet n’est pas la technologie elle-même.
La plupart des solutions du marché sont robustes, performantes et innovantes.
Le risque réside ailleurs : dans la dépendance à un cadre que l’on ne maîtrise pas.
Une dépendance devient problématique lorsqu’elle :
Ce risque est rarement visible en période de stabilité.
Il se révèle pleinement lorsque l’environnement change — juridiquement, politiquement ou économiquement.
Le terme de souveraineté numérique est souvent perçu comme clivant, voire idéologique.
Il mérite pourtant d’être clarifié.
Il ne s’agit ni d’autarcie technologique, ni de rejet systématique des acteurs internationaux.
La réponse pertinente n’est pas l’isolement, mais l’indépendance technologique raisonnée.
Concrètement, cela signifie :
L’indépendance n’est pas une rupture brutale.
C’est une trajectoire, construite dans le temps, alignée avec les réalités opérationnelles.
La question n’est donc pas de savoir si les règles changeront.
L’histoire récente montre qu’elles changent régulièrement.
La vraie question est ailleurs :
Si demain un gouvernement décidait seul de changer toutes les règles, combien de temps tiendrait votre infrastructure ?
Être prêt ne signifie pas avoir toutes les réponses.
Cela signifie avoir des options, de la visibilité, et la capacité de décider sans urgence.
C’est dans cet espace — entre lucidité stratégique et pragmatisme opérationnel — que se joue aujourd’hui l’indépendance numérique des organisations.